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L'Abelia du 11 novembre

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  • 15-11-2017
  • Par Commune Boissettes <mairie-de-boissettes@wanadoo.fr>

COMMÉMORATION DE L'ARMISTICE DE 1918

11 NOVEMBRE 2017, 11 HEURES ...

Le crachin et la froidure n'ont pas rebuté les habitants de la commune venus participer à la cérémonie du souvenir, Place de Verdun.
Thierry SÉGURA, Conseiller Municipal a d'abord lu le message de Madame Geneviève DARRIEUSSECQ, Secrétaire d'État auprès de la Ministre des Armées.

Puis le Maire, Bernard FABRE a pris la parole ainsi :

"Le canon s'est donc tu à la onzième heure du onzième jour du onzième mois de l'année 1918 sur le front au Nord-Est de l'Hexagone… En ce 11 novembre 2017 ce ne sont pas mes mots que vous allez entendre mais ceux de Jean Rouaud Prix Goncourt en 1990 pour son premier roman Les Champs d'honneur dont je vais vous lire quelques lignes…simplement pour que l’on n’oublie pas que commémorer le 11 novembre ce n’est pas seulement célébrer l’espérance d’une paix mais aussi et surtout un moment particulier pour se souvenir de tous ces disparus sur ce que nous nommons pudiquement le Champ d’honneur .

""On trébuchait pendant un assaut sur un bras à demi déterré, un pied, et, tombant le nez sur le nez d’un cadavre, on jurait entre ses dents, les siennes et celles du mort. C’était une fâcheuse invite, ces crocs-en-jambe sournois des trépassés. Mais on en profitait pour arracher autour du cou les plaques d’identité, sauver ces masses anonymes d’un futur sans mémoire, les ramener à l’état civil, comme si le drame du soldat inconnu était moins d’avoir perdu la vie que son nom. Quand le soir tombe, le jeune homme au teint blafard entre en agonie. Cette fois, le médecin major ne laisse plus d'espoir. La jeune promise passe régulièrement dans la pénombre, et doucement, pour ne pas gêner ceux qui dorment, pose un linge frais sur son front, remonte les draps sur sa poitrine, et, quand un accès brutal de toux le fait se dresser dans son lit, elle le prend comme un enfant dans ses bras et lui verse entre les lèvres une cuillerée de sirop. Sous la fièvre, à des bribes de mots, des convulsions de terreur sur les visages, on reconnaît le ressassement halluciné de ces visions d’enfer, les corps à demi ensevelis, déchiquetés, écartelés sur les barbelés, bleus étourneaux suspendus dans la pantière à qui semble refusée l’ultime consolation de s’étendre, d’attendre la joue contre la terre humide la délivrante mort, animés de hoquets grotesques à l’impact des balles perdues, soulevés comme des pantins de paille par le souffle d’une explosion, décrivant dans le ciel haché d’éclairs un rêve d’Icare désarticulé avant d’étreindre une dernière fois la lise féconde, bouche ouverte en arrêt d’effroi, regard étonné pour tout ce mal qu’on se donne, tandis que le casque renversé se remplit d’une eau claire sauvé du bourbier, vasque délicate pour le jour des colombes. La foule se retire peu à peu du cimetière, et il reste seul dans le grand silence intérieur face à l'appel emmuré des siens, insensible aux tapes amicales qui empoignent maladroitement son épaule; aux mots d'encouragement qui se résument pour la plupart, devant la vanité des paroles, à la formation de son prénom. La petite tante arrive derrière lui le tire par le manteau, insiste, et, après quelques rappels, emporte sa décision. Il veut bien essayer encore. Il remonte l'allée centrale en compagnie de cette petite force têtue - oh, arrêtez tout. Les morts c’est comme les semences, on met en terre et après tout dépend du ciel. Peut être en effet est-ce parce qu’ils enterrèrent d’abord leurs morts que les premiers hommes, confiants en la résurrection, inventèrent des millénaires plus tard ce geste plein d’espérance d’enfouir des graines dans le sol.""

Quelques derniers mots pour conclure :

Aujourd’hui nous commémorons la fin des hostilités sur le sol européen , les Français aspirent alors au retour de la Belle Époque …puis 1931 où la France est touchée par la crise économique qui a débuté en 1929 aux États-Unis , puis la montée des périls de 1936 à 1939 … puis septembre 1939 où l’invasion de la Pologne par les troupes du IIIe Reich entraîne l'entrée en guerre de la France et de la Grande-Bretagne, puis mai 1945 et le début d’une nouvelle ère de paix…et demain où nous retournerons à notre quotidien et oublierons une fois encore que plus de 70 ans de paix en Europe n’est pas le fait du hasard ni ne va de soi : la paix est une construction permanente et laborieuse et se trouve dans la constance de l’engagement de femmes et d’hommes de bonne volonté.



Soyons ces femmes et ces hommes de bonne volonté : en ces temps où se développent ça et là des discours du repli sur soi, face à la montée des communautarismes de tout bord et des égoïsmes collectifs restons vigilants vis-à-vis du monde mais aussi vis-à vis de nous même."






C'est maintenant une tradition à Boissettes : en guise de gerbe, la mairie acquiert un végétal qui est replanté dans les espaces verts communaux.
C'est ainsi que Thierry Segura et Cyrille Croisé ont déposé devant la plaque commémorative un Abelia Grandiflora.